MM. Sébastien Semeril et Eric Berroche,

J'ai reçu avec surprise votre lettre du 17 septembre dernier où vous nous signifiez la mise en stationnement payant des rues Paul Bert, Belfort, Bizette, Chateaudun, etc. Je dois avouer que je suis sceptique quant aux motivations et utilité de cette mesure.

En effet, vous justifiez cette mise en stationnement payant par deux raisons :

  1. la volonté de « poursuivre le développement des modes de transports alternatifs à la voiture et limiter ainsi l'évolution de la circulation automobile » ;
  2. l'aménagement de l'axe Est/Ouest qui supprime le grand parking sur cet axe, de ce fait « les places disponibles dans ce secteur sont rapidemment [sic] occupées par des véhicules d'usagers venant travailler en centre-ville ».

J'ai du mal à comprendre cette mise en stationnement payant. En premier lieu, vous dites que l'ancien parking sur l'axe Est/Ouest est remplacé par un nouveau parking relais en bout de l'avenue François Château. Sauf que ce nouveau parking compte 260 places, c'est-à-dire à peine la moitié de l'ancien parking d'au moins 584 places (comptées grâce à Google Maps), sans compter la capacité de stationnement des rues et l'accroissement prévisible des voitures dans les années à venir. Donc mathématiquement, le flot de voitures ne rentrera pas dans le nouveau parking et devra trouver des places ailleurs. Où pensez-vous qu'elles iront ? Cela va-t-il faciliter la vie des gens travaillant dans le quartier, nombreux à cause du parc d'activités Oberthür ?

Mais plus fondamentalement, vous dites vouloir « poursuivre le développement des modes de transports alternatifs à la voiture ». Sauf que, résidant dans la rue Oberthür mise en stationnement payant, je suis obligé d'utiliser ma voiture puisque je ne peux plus justement la laisser toute la journée stationnée, à moins de débourser 156 € par an (tarif le plus avantageux) pour une carte de stationnement unique par logement. Donc, utilisateur quotidien du vélo par beau temps et des bus par temps couvert, vous m'encouragez à prendre ma voiture ? Est-ce ainsi que vous entendez « limiter [...] l'évolution de la circulation automobile » ?

Peut-être me répondrez-vous que je n'ai qu'à laisser ma voiture dans mon garage. Et que dois-je faire si je n'ai pas de garage car j'habite dans un immeuble des années 30 sans garage, nombreux dans ce quartier ? Que dois-je faire si mon couple a deux voitures et que je n'ai qu'un garage ? Peut-être ne pensez-vous qu'aux personnes fortunées ayant les moyens d'habiter dans un immeuble récent, dans un appartement privilégié avec deux parkings ? Dois-je vous vous rappeler que la plupart des immeubles construits récemment sur Rennes n'ont qu'un parking par logement, alors que les couples sont souvent tous les deux actifs et ont besoin de deux voitures pour s'occuper des enfants et aller au travail ?

Et que devrons-nous faire quand nous recevrons des amis ou de la famille en semaine ? Leur demander de laisser leur voiture dans un des parcs relais saturés ?

Non, vraiment, je ne comprends pas votre logique de gestion du stationnement.

Notez bien que je n'ai rien contre certains aménagements. Comme je le disais, utilisateur du vélo et des bus, j'apprécierai à sa juste valeur l'aménagement de l'axe Est/Ouest. Mais je ne comprends pas cette idée que « si on limite les stationnements, les gens auront moins de voiture ». Les habitants de Rennes Métropole ont besoin de leurs deux voitures, par contrainte familiale ou de travail (vous avez déjà mesuré le temps pour traverser Rennes en bus ? Vous avez déjà déposé vos enfants à la garderie en bus avant d'aller travailler quand vous venez d'Acigné ou l'Hermitage ?). S'ils ne peuvent la laisser longtemps au même endroit, ils devront l'utiliser. En mettant nos rues en stationnement payant, vous nous y obligez. Et le surcoût de cette taxe de stationnement, identique quel que soit le revenu, pénalise bien plus les ménages modestes que les hauts revenus, mesure bien peu sociale pour une majorité socialiste, vous en conviendrez.

Mais peut-être allez-vous proposer la gratuité des bus sur Rennes, comme à Colomiers, Libourne ou Châteauroux et près d'une vingtaine d'autres communes ? Peut-être allez-vous construire des parkings relais de taille suffisante pour absorber le flot de voitures que vous ne voulez pas accepter dans Rennes ? Peut-être allez-vous quadriller Rennes Métropole par des lignes de bus, plutôt que des lignes en étoile qui se rejoignent toutes au centre ville ? Là effectivement, vous lutteriez efficacement contre le règne du tout automobile. Mais jusqu'à maintenant, je n'en ai pas connaissance.

Veuillez croire, Messieurs, à l'expression de ma perplexité la plus complète.

D. Mentré

EDIT (2012-09-30) : "Colomier" -> "Colomiers"