Un aspect social du bureau (licence CC-BY) On parle de plus en plus de la fin du bureau, du desktop, au profit d'« applications » web. Tristan Nitot se pose par exemple la question de l'avenir de Linux sur le poste de travail. Même les développeurs Gnome s'y mettent, comme Luis Villa demandant à la communauté Gnome de prendre à bras le corps le web (« to embrace the web »). Et bien sûr lil faut compter sur Google qui, de Google Chrome à Google Docs, vise à fournir tous les outils et applications pour laisser nos informations dans le nuage (c.-à-d. sur les serveurs de Google), loin de nos PC de bureau et nos portables.

Est-ce que l'avenir du PC et de ses applications est définitivement compromis ?

Certes, les applications web sont très pratiques. Gros utilisateur du webmail, j'apprécie sa disponibilité en toute situation, sur n'importe quelle machine pourvue d'un accès Internet et d'un navigateur. Et l'aspect centralisé des applications web est appréciable lorsqu'on utilise plusieurs machines, dans différents endroits. Enfin et peut-être surtout, l'aspect « social » des applications web peut être vraiment utile. Trouver la réponse à un problème technique dans un forum sur Internet est inappréciable et m'a sauvé plusieurs fois de plusieurs heures de recherches fastidieuses. Par ailleurs, les applications web sont faciles à déployer. Tout le monde à un navigateur sur son poste de travail, chez soi ou au travail. Et en tant qu'informaticien, il devient plus facile de déployer une nouvelle version de l'application.

Pour autant les applications web sont loin d'êtres parfaites et posent même de sérieux problèmes.

En premier lieu et probablement le plus important, nous perdons le contrôle sur nos données. En tant que Libriste convaincu, cela m'inquiète de laisser mes données chez Google ou Yahoo!. Je ne sais pas comment ses données personnelles sont stockées, qui peut y accéder ou même leur pérennité.

En second, les interfaces web sont très pauvres, malgré les progrès indéniables du Web 2.0 et des technologies AJAX. Google, expert et leader en ce domaine, arrive péniblement à finaliser le Glisser-Déplacer dans les dernières versions de GMail, alors que cela existe depuis des (dizaines d' ?) années sur les applications de bureau. Et quel que soit les efforts de programmation, la latence réseau sera toujours là, ralentissant l'interface au point de la rendre malcommode voire inutilisable. Sans compter que le réseau même doit être disponible en permanence, ce qui réduit d'autant la disponibilité des applications.

Alors, quel avenir pour le bureau et ses applications ? Je pense que le bureau n'est pas mort, que ce soit sur un PC de bureau, un ordinateur portable ou un téléphone portable. Par contre, les framework de développements doivent évoluer, prenant en compte dès le départ le réseau et la distribution des données. Pour reprendre un vieux slogan publicitaire de SUN, « the network is the computer » (le réseau est l'ordinateur).

Ces frameworks doivent fournir un moyen simple pour une application de stocker des données sur un ou plusieurs ordinateurs distants, de manière centralisée ou distribuée, et ce de manière sécurisée et authentifiée. Par exemple chaque utilisateur d'application devrait pouvoir facilement mettre en place un serveur pour stocker ses données ou répartir ses données entre plusieurs ordinateurs avec des protocoles Peer to Peer (P2P). La confidentialité des données doit être prise en compte dès le départ, que ce soit sur le bureau de l'ordinateur ou un serveur distant. Les frameworks doivent également fournir des API simples permettant de gérer les problèmes de latence d'un réseau sans que le programmeur soit un expert en réseau et en comprenne toutes les implications. La technologie d'appel de procédures à distance des années 80, les fameux RPC (Remote Procedure Call), encore utilisées dans les applications AJAX avec les XML RPC sont trop limités. D'autres paradigmes doivent être utilisés. Et bien sûr des API doivent être fournis pour développer facilement des applications « sociales » où l'ont peut partager facilement des données avec des autres utilisateurs sur la planète.

En bref, il va falloir inventer le meilleur des deux mondes. Mais un monde où l'utilisateur, le citoyen, garde le contrôle sur ses données. Comme le dit Philippe Meyer, « le progrès est en marche et le futur ne manque pas d'avenir ! » :-)

Correction 2010-08-24 : s/Christian/Tristan/. Merci Thomas ! ;-)